Introduction
« Qui es-tu, Seigneur ? » C'est la question que Paul pose sur le chemin de Damas. Philippe D. la retourne à chacun : et toi, qui es-tu ? Ce message est le deuxième de la série « Apostolos, ambassadeurs au quotidien » à l'Église Évangélique Apostolique de Genève. La série suit la vie de Paul : l'envoi, la transformation, puis la collaboration, la présence, la pression et la persévérance.
Le prédicateur reprend là où le pasteur Raphaël s'était arrêté la semaine précédente : l'ambassadeur par excellence, c'est Jésus-Christ. Parce qu'il a été envoyé, nous pouvons être envoyés. Ce n'est pas « débrouille-toi comme tu peux ». Dans l'assemblée, dit-il, il y a des « apostolos », des envoyés, et des « kaleo », des personnes que Jésus est en train d'appeler. Le message s'adresse aux deux.
Il tient en deux temps : un homme à qui Dieu se révèle, c'est la transformation ; un homme qui transmet, c'est la transmission.
Plan du message
1. Le message de la réconciliation (2 Corinthiens 5:17-21)
- « Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature. » Paul écrit cela plusieurs années après sa rencontre avec Jésus. Toutes choses sont devenues nouvelles : les priorités, le cadre de référence, le regard sur les autres et sur la vie, l'identité.
- Ceux qui ont découvert qui est Jésus portent un message précieux : il est possible d'être en paix avec Dieu. Ce n'est pas une réconciliation qu'il faut bricoler ou mériter. Jésus l'a faite à ta place, il a ouvert le chemin.
- « Nous vous en supplions au nom de Christ : soyez réconciliés avec Dieu ! » Pour Philippe D., le cri de Paul est celui de beaucoup aujourd'hui. Quand on a goûté à l'amour de Dieu, à sa fidélité, à ce qu'il appelle sa « concrétude » au quotidien, on ne peut pas le garder pour soi.
- Il raconte ses débuts dans la foi, il y a près de 35 à 40 ans : il était si enflammé que le Seigneur a dû le calmer. « C'est comme si tu avais découvert le vaccin contre une maladie mortelle : tu ne veux pas le garder pour toi. »
2. Sur le chemin de Damas : des ténèbres à la lumière
- Avant sa conversion, Paul semait la terreur. Pharisien zélé, il faisait lapider les chrétiens, persuadé que Jésus était un imposteur qui n'était pas ressuscité.
- Actes 9 : une lumière venue du ciel l'enveloppe, il tombe à terre et entend : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » Il répond : « Qui es-tu, Seigneur ? » « Je suis Jésus que tu persécutes. » On doit le conduire par la main jusqu'à Damas, et il reste trois jours sans voir ni manger.
- Galates 1:18 : trois ans plus tard, Paul monte à Jérusalem pour faire la connaissance de Pierre et reste quinze jours chez lui. Le prédicateur imagine tout ce qu'ils ont dû se raconter.
- Il imagine aussi que ce récit a pu inspirer Pierre quand il écrit que Dieu nous a « appelés des ténèbres à son admirable lumière » (1 Pierre 2:9). Il précise qu'il ne l'affirme pas, mais c'est exactement ce que Paul a vécu.
- Chacun a son tempérament, et quelqu'un de moins enflammé n'est pas moins sincère. Le principe reste le même pour tous : être appelé des ténèbres à la lumière.
- Marie de Magdala illustre ce passage. Délivrée de sept démons, elle est la première au tombeau et la première envoyée, au point qu'on l'a appelée « l'apôtre des apôtres ». Avec un groupe de femmes de l'Église, le prédicateur l'avait surnommée « la rayonnante », parce qu'elle est sortie des ténèbres vers la lumière.
3. Trois jours d'aveuglement qui transforment
- « Je crois qu'on passe trop vite sur cet aspect. » Pour Philippe D., ces trois jours ont contribué à la transformation de Paul. Il les rapproche des trois jours de Jonas dans le ventre du poisson et des trois jours de Jésus dans le séjour des morts : il y a un avant et un après.
- La vue est un sens majeur. Ce que nous voyons nous influence : le fruit « agréable à la vue » en Éden, le point de départ de bien des dépendances, ou simplement le bol de chips sur la table. On voit, on prend.
- Il propose à l'assemblée de fermer les yeux un instant : les autres sens s'amplifient. Dieu conduit Paul à regarder en lui-même et au-delà.
- Juste avant l'exercice, il avait annoncé « une expérience extraordinaire » à raconter. Les yeux fermés, c'est la dernière phrase qui reste en tête. De même, Paul reste trois jours avec la réponse à sa question : « Je suis Jésus que tu persécutes. » Aucun train qui passe, personne pour lui dire que ce n'était qu'une émotion. Le prédicateur est convaincu qu'un face-à-face entre Dieu et Paul a eu lieu.
4. La conversion, un demi-tour
- Toutes les conversions ne se passent pas de la même façon, mais le principe est le même. Le mot peut faire peur et évoquer une secte. En réalité, se convertir, c'est faire demi-tour, comme au supermarché quand on s'aperçoit qu'on a oublié la poêle à l'autre bout du magasin.
- Paul allait dans une direction : arrêter et tuer des chrétiens. En rencontrant Jésus, il découvre qu'il ne travaillait pas pour la bonne personne. Quand il retrouve la vue, il n'est plus le même homme.
- De persécuteur, il devient prédicateur de la bonne nouvelle. De terroriste, il devient un trait d'union. Il n'y a qu'un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus ; mais ceux qui connaissent Jésus deviennent un pont entre les gens et lui.
- D'envahisseur, il devient ambassadeur : « La mission n'est pas une colonisation, c'est venir apporter un message. » De destructeur de chrétiens, il devient fondateur d'Églises.
5. Le message ne change pas, la méthode change
- Paul ne nous a pas seulement transmis l'Évangile, il nous a transmis la manière de le transmettre. Il adapte son discours à son auditoire. Le prédicateur donne les références pour une étude biblique personnelle.
- À Athènes (Actes 17), devant les philosophes, il ne cite aucune Écriture juive. Il part d'un élément local, l'autel « à un dieu inconnu », cite les poètes grecs Aratus et Épiménide et parle du Dieu créateur pour amener doucement le sujet de la résurrection.
- À la synagogue (Actes 13), il fait l'inverse : il raconte l'histoire d'Israël, l'Égypte, le désert, le roi David, cite les prophètes et les psaumes pour montrer que Jésus est bien celui qu'on attendait.
- Devant des paysans polythéistes (Actes 14), il parle de la nature, des saisons, de la pluie, des récoltes et de la nourriture comme preuves de la bonté de Dieu.
- Devant le gouverneur Félix (Actes 24), il emploie un langage juridique et s'en tient aux faits. Devant Agrippa (Actes 26), qui connaît les coutumes juives, il fait appel aux prophètes et raconte son parcours de pharisien.
- Paul n'a rien inventé : « Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Christ » (1 Corinthiens 11:1). Philippe D. croit qu'il a imité la méthode de Jésus autant que son caractère.
- Jésus, « pédagogue extraordinaire », parle à Nicodème de nouvelle naissance et du serpent d'airain. Au docteur de la loi, il demande : « Qu'est-il écrit dans la loi ? Qu'y lis-tu ? » (Luc 10:26). À la Samaritaine, il parle d'eau vive. Devant ceux qui veulent lapider la femme adultère, il pose un raisonnement : « Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre. »
- Aux foules de paysans, de pêcheurs et d'artisans, il parle de semences, de brebis perdue, de pièce retrouvée et de père qui attend son fils. Avec ses disciples, il est direct. Les évangiles eux-mêmes s'adaptent à leurs lecteurs ; Jean commence par « Au commencement était la Parole » pour un public de culture grecque, et Jacques puise dans la sagesse des proverbes avec le mors du cheval et le gouvernail du navire.
- Chacun peut avoir son style, chemise et cravate ou pull coloré. Mais la différence a ses limites : on n'arrive pas chez quelqu'un avec tous ses vêtements à l'envers. Le message, lui, ne bouge pas.
6. « Tout à tous » : écouter avant de parler
- « Je me suis fait tout à tous » (1 Corinthiens 9:22). À l'ère des réseaux sociaux, il y a les influenceurs et les influencés. Paul n'est pas un homme qui va où le vent le pousse, et il ne s'agit pas de manipulation.
- Il s'agit de trouver « le bon adaptateur pour que le courant passe ». Se faire tout à tous ne veut pas dire devenir comme les autres, mais chercher à les comprendre.
- « Avant d'être un porte-parole, apprenons à écouter. » L'écoute est une preuve d'amour : quand j'aime, que je m'intéresse et que je comprends, je suis mieux placé pour aider. Et chaque personne rencontrée peut aussi nous apporter quelque chose, si nous sommes réceptifs.
- Avant de vouloir parler dans la vie des gens, il faut gagner leur respect. La tentation est de mettre tout le monde dans la même petite boîte carrée où l'on se sent en sécurité.
- Le succès de Jésus tenait à ce qu'il aimait les gens, avant même de présenter son message. « On n'est pas là pour vendre une assurance-vie. » Il faut savoir où en est la personne, l'écouter vraiment, sans préparer sa réponse pendant qu'elle parle.
- Ce qu'on retient de Paul, ce n'est pas tant ce qu'il a dit ou fait, c'est ce qu'il est devenu : un homme bienveillant plutôt que violent, même s'il avait du caractère et qu'il a commis des erreurs.
- Pour indiquer la gare de Genève, le chemin n'est pas le même selon qu'on part d'ici ou de Champel, ni selon le temps qu'il fait. Il faut savoir où en est la personne. Jésus savait que la Samaritaine avait soif : « Si tu connaissais le don de Dieu... »
7. Qui es-tu ? Jésus te présente quelqu'un
- Il y a ce que je dis, ce que je fais, ce que je suis, et il y a ce que Dieu fait : le royaume de Dieu ne consiste pas en paroles mais en puissance. Au-delà de ses mots, le prédicateur prie pour que le Saint-Esprit pose doucement à chacun la question : qui es-tu ?
- Paul a demandé : « Qui es-tu, Seigneur ? » Le Seigneur renvoie la question : et toi, sais-tu qui tu es ? Paul croyait le savoir. Il manquait la cible pour laquelle Dieu l'avait créé et appelé. En sortant de ces trois jours, il découvre qui il est.
- Paul connaissait son Dieu : « Je sais en qui j'ai cru. » Il se connaissait lui-même : « Jésus-Christ est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier. » Il connaissait ses dons et la société dans laquelle il vivait. Les prophètes d'autrefois, dit-il, avaient leurs réseaux sociaux dans une main et la Parole de Dieu dans l'autre.
- Cette semaine, une stagiaire qu'il accompagne dans son travail, dans le domaine des addictions, a présenté le livre choisi pour son stage. Elle ne l'avait pas choisi pour les connaissances sur les addictions, mais parce qu'il parlait de sa posture : comment éviter les erreurs, comment parler aux gens, comment mieux les comprendre. « C'est tout mon message. » Avant de jouer les chirurgiens de l'âme humaine, interroge ta posture envers ceux qui t'entourent.
- La phrase qui a changé sa vie, il y a quatre ou cinq ans : « On ne présente pas Jésus à quelqu'un. C'est Jésus qui nous présente quelqu'un. » Il l'a comprise en entendant le récit d'une Église en France qui organisait des rencontres autour d'un café. Un chrétien venu pour la première fois a déroulé d'emblée les points 1, 2, 3 du salut et a tout détruit, sans voir le travail déjà en cours.
- Si quelqu'un te confie son enfant à garder, tu sais qu'il le connaît, ses allergies, l'heure de son coucher, et tu en prends soin avec responsabilité. De même, Dieu connaît chaque personne depuis le sein de sa mère. Il te la confie pour que tu l'écoutes et que tu cherches son cœur pour elle, sans plaquer ta propre histoire : pour certains la conversion est radicale, pour d'autres progressive, avec des hauts et des bas.
Conclusion : Dieu veut marcher avec toi
Dieu a relevé Paul en se révélant à lui et l'a transformé dans l'ombre de sa présence. Paul nous a transmis la bonne nouvelle et la manière de la transmettre. Philippe D. prie pour que les « apostolos » apprennent à écouter et à adapter leur manière d'être avec amour et compassion, et pour que les « kaleo » entendent l'appel de Dieu, aujourd'hui ou dans cinq ou dix ans : Dieu a son temps pour chacun.
Le message de Dieu, dit-il, c'est : « Je te connais, je t'appelle, je connais tes questions et tes drames, et je veux marcher avec toi. » En lui il y a la vie éternelle et le pardon des péchés, mais pas seulement : manger ensemble, rire ensemble, être là dans les difficultés et danser dans les joies. « Tu as une idée de qui tu es, et tu n'as pas entièrement tort. Tu n'as qu'une partie du tableau. Viens dans ma présence et je te montrerai qui tu es vraiment. »
Il termine par une prière : que l'Église soit un lieu d'accueil, d'écoute, de respect, de révélation, de guérison et de restauration, et que Dieu pardonne les fois où l'on met les gens dans une boîte, à commencer par lui.
Points à retenir
- En Christ, tu es une nouvelle créature, et Dieu te confie le message de la réconciliation : on peut être en paix avec Dieu grâce à ce que Jésus a fait.
- Les trois jours d'aveuglement de Paul ont été un temps de face-à-face avec Dieu : il y a eu un avant et un après.
- Se convertir, c'est faire demi-tour. Paul passe de persécuteur à prédicateur, de terroriste à trait d'union, d'envahisseur à ambassadeur.
- Le message ne change pas, la méthode change. Paul et Jésus adaptent leur langage à ceux qui les écoutent.
- On ne présente pas Jésus à quelqu'un : c'est Jésus qui nous présente quelqu'un. Écouter et aimer passent avant parler.
Application personnelle
- Si Dieu te posait la question « Qui es-tu ? », que répondrais-tu aujourd'hui ? Et que crois-tu qu'il sait de toi que tu ignores encore ?
- As-tu besoin d'un temps à l'écart des distractions, comme Paul pendant ses trois jours, pour laisser Dieu te parler ?
- Avec les personnes que tu côtoies, cherches-tu le « bon adaptateur », ou attends-tu qu'elles entrent dans ta boîte ?
- Quand tu parles de ta foi, écoutes-tu vraiment, ou prépares-tu déjà ta réponse ?
- Quelle personne Jésus t'a-t-il « présentée » ces derniers temps, et comment peux-tu prendre soin d'elle avec la responsabilité de quelqu'un à qui on confie un enfant ?
Versets cités
- 2 Corinthiens 5:17-21
- Actes 9:3-9
- Galates 1:18
- 1 Pierre 2:9
- Luc 8:2
- Jonas 2:1
- Genèse 3:6
- 1 Timothée 2:5
- Actes 17:22-31
- Actes 13:16-41
- Actes 14:15-17
- Actes 24
- Actes 26
- 1 Corinthiens 11:1
- Jean 3:3-14
- Luc 10:26
- Jean 4:10
- Jean 8:7
- Jean 1:1
- Jacques 3:3-4
- 1 Corinthiens 9:19-22
- 1 Corinthiens 4:20
- 2 Timothée 1:12
- 1 Timothée 1:15
- Psaume 139:13-16
Questions fréquentes
Pourquoi les trois jours d'aveuglement de Paul sont-ils importants ?
Philippe D. pense qu'on passe trop vite sur Actes 9:9. Privé de la vue, sans rien pour le distraire, Paul reste trois jours avec la réponse à sa question : « Je suis Jésus que tu persécutes. » Pour le prédicateur, ces trois jours ont contribué à sa transformation : Dieu l'a amené à regarder en lui-même, et une rencontre face à face a eu lieu.
Que veut dire « le message ne change pas, mais la méthode change » ?
Paul ne parle pas de la même manière aux philosophes d'Athènes, à la synagogue, aux paysans polythéistes ou aux gouverneurs romains. Jésus faisait de même avec Nicodème, la Samaritaine, les foules ou ses disciples. L'Évangile reste le même ; ce qui change, c'est la façon de le rendre compréhensible, comme un adaptateur qui laisse passer le courant.
Se faire « tout à tous », est-ce de la manipulation ?
Non. Pour Philippe D., 1 Corinthiens 9:22 ne parle ni de manipuler ni de devenir comme les autres, mais de chercher à les comprendre. Cela commence par l'écoute, qui est une preuve d'amour. Avant de vouloir parler dans la vie de quelqu'un, il faut gagner son respect.